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Publié : 26 mai 2004

Moi et rien

Kitty Crowther

 

Pastel, l’Ecole des Loisirs, 31 pages, 2000

niveau 2

Mots clés : - Autobiographique, voix narrative, récit en « je », conte - Séparation, deuil, renaissance

Auteur, Illustrateur

Kitty Crowther est née le 4 avril 1970 à Bruxelles d’une mère suédoise et d’un père anglais. La littérature de jeunesse , particulièrement anglophone et scandinave, l’a toujours passionnée. Malentendante et appareillée, elle a toujours été captivée par l’image, les signes et le sens caché des choses. Formée aux Arts Plastiques à Saint Luc à Bruxelles, elle se consacre depuis 1994, aux livres pour enfants. Ses textes et illustrations sont empreints de poésie et de délicatesse , elle y aborde avec pudeur des sujets souvent difficiles et forts.

Éléments d’analyse

Structure de l’œuvre -

  • L’énonciation est tour à tour prise en charge par une première et une troisième personne 
  •  Le récit de vie entre en relation avec la mémoire d’un conte et, hors limites, avec les fiches descriptives du Pavot Bleu de l’Himalaya et du Gorge-Bleue.

Spécificités littéraires 

  •  Le « je » n’est pas autobiographique, au sens strict du terme, ce qui supposerait l’élaboration rétroactive du récit, c’est un « je » du journal intime qui nous montre au jour le jour l’élaboration du point de vue de Lila. La troisième personne se place de l’extérieur, nous permet d’identifier le « je » comme celui de Lila, intervient au point de bascule de l’histoire quand Rien fait pousser le premier arbre, quand Lila transgresse l’interdit paternel et entre dans la remise de jardinier pour y retrouver les graines de Pavot Bleu. Difficile toutefois de déterminer qui parle par cette voix-là. 
  •  Avant que n’intervienne ce narrateur externe, le temps est comme suspendu, l’écrit s’inscrit dans le vide laissé par la mère. Sur la première double page, l’écriture, tout comme Rien, semble naître du blanc de la page de gauche ( « Ici, il n’y a rien... »), du vide cruel laissé par l’absence de la mère.
  • L’écriture mime en quelque sorte le cheminement de l’enfant : tapée sur une machine à écrire d’amateur, elle reste d’une très grande simplicité, juxtaposition d’observations isolées, atemporelles (« souvent, presque tout le temps »...), comme s’il s’agissait de recomposer un puzzle.
  • Le « je » narrateur fait par ailleurs souvent dialoguer les deux protagonistes Lila et Rien (ou Lila avec elle-même), soulignant d’autant l’absence de communication de la fillette avec son père. Il faudra attendre l’avant-dernière double page pour que celui-ci s’adresse enfin à sa fille -* On notera également les divers jeux métaphoriques : la mort de la mère provoque la mort de toute communication entre les vivants, ainsi que la mort du jardin tandis que la renaissance de ce dernier permettra le retour à la vie du père et la reconnaissance de Lila (« Tu es bien la fille de ta mère »). Cette écriture métaphorique ainsi que les multiples effets de rimes et d’écho qui ponctuent le texte apparentent Moi et Rien à la prose poétique.

Pistes d’interprétation : 

  •  Comment le recours à l’imaginaire, à la poésie, au conte, peut-il permettre de dépasser la douleur, le sentiment d’abandon, permettre de faire le deuil... La légende infiltre le réel de la narration : c’est en apercevant un bleu-gorge que Lila décide de semer les graines, la mère disparue n’aurait-elle pas à voir avec la princesse du conte ?
  • L’album se clôt (ou s’ouvre ?) sur une énigme : dans la boîte tardivement offerte à Lila par son père de la part de sa mère, il y a Rien à moins qu’il n’y ait rien...

Illustrations : 

  •  Le texte est inclus, inséré dans l’image, comme s’il en faisait partie ; parfois il dialogue avec elle, parfois il la commente. 
  •  L’image, tout comme le texte, reste très approximative, très elliptique, elle semble dessinée au crayon, quelque peu maladroitement, schématiquement de la main de Lila. -* On peut observer des éléments interprétables, Lila n’est-elle pas enveloppée dans la veste beaucoup trop grande de son père comme par son silence ? D’ailleurs quand ils sont tous les deux, elle ne la porte pas , de là a y voir un sorte de substitut à la fois rassurant et pesant... 
  •  Par contraste avec ces « esquisses », le Pavot bleu est dessiné avec soin, précision, comme recopié, reproduit avec application

Propositions d’activités

 Sur le texte :

Lire :

  • Relever et commenter les indices temporels pour réfléchir sur l’effet de suspension puis d’écoulement du temps 
  •  Amener les élèves à s’interroger sur les deux narrateurs, le statut du « il » qui intervient à mi-parcours 
  •  Repérer les traces du conte dans l’album
  • Amener les élèves à interpréter la place donnée au jardin dans l’album

Parler / Dire (mise en voix) : 

  •  Faire oraliser la première page pour faire percevoir l’entrée progressive dans le texte, son caractère poétique, les rimes, les jeux phoniques et sémantiques sur rien et Rien, l’adverbe et le personnage. -
  • Amener les élèves à confronter à l’oral leurs interprétations de l’énigme finale. -* Cet ouvrage peut conduire à un débat philosophique sur l’absence, le travail de deuil, le retour à la vie

Ecrire : 

  •  Demander aux élèves d’inventer à leur tour un personnage imaginaire Sur l’image : 
  •  Faire rechercher aux élèves au long de l’album les illustrations sur lesquelles la fillette porte la veste de son père ou non et leur demander d’essayer d’interpréter ces variations.

Sur le contexte :

Sur la mise en réseau

  • Thématique de l’ami imaginaire :
    - A la vie, à la... de Marie Sabine Roger
  • Thématique de l’absence voire de la mort d’un proche :
    - Marie de la mer, Les Pigeons de Nadine Brun-Cosme,
    Leïla de Sue Alexander,
    - Mère absente, Fille tourmente de Rolande Causse avec en contrepoint
    - Bonjour Madame la Mort de Teulade
  • Thématique de la nature transformant le réel :
    - Tistou les pouces verts de Maurice Druon 
  •  Thématique du journal intime : -
    Le Monsieur de la rue d’à côté d’Alice Dumas.

 

Bibliographie

De l’auteur
- Mon royaume ,Pastel, L’Ecole des Loisirs, 1994
- Va faire un tour, Pastel, L’Ecole des Loisirs, 1995 
- Mon ami Jim, Pastel, L’Ecole des Loisirs, 1996 
- Lily au royaume des nuages , Pastel, L’Ecole des Loisirs, 1997 
- Trois Histoires folles de M.Pol, Pastel, L’Ecole des Loisirs, 1999 
- Moi et rien, Pastel, L’Ecole des Loisirs, 2000
- Bain d’Elias (Le), Pastel, L’Ecole des Loisirs, 2001 
- Scritch scratch dip clapote !, Pastel, L’Ecole des Loisirs, 2002 ( De l’illustrateur 
- Un jour mon prince viendra d’ Andréa Nève, Pastel, 1995
- La Grande Ourse de Carl Norac, Pastel, 1999 _ Le Père Noël m’a écrit de Carl Norac, Pastel, 2001