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Publié : 24 mai 2004

Le conte

Structure du conte

Les structures narratives du conte ont fait l’objet de nombreuses études. Une des plus célèbres est celle du Russe Vladimir Propp, Morphologie du conte (1928), qui, fondée sur l’analyse des contes merveilleux russes, conclut à l’existence de « fonctions » constantes, au nombre de trente et une, s’enchaînant toujours dans le même ordre, même si elles ne sont pas toutes présentes dans chaque cas ; elles vont d’un manque ou méfait initial à la réparation finale ; les variables sont les supports de ces fonctions (personnages, attributs).

Pour les psychanalystes, les contes s’apparentent aux rêves et aux fantasmes, et traduisent sous forme d’images les processus de l’inconscient. les analyses de Bruno Bettelheim (Psychanalyse des contes de fées, 1976) montrent comment les contes s’organisent autour de fantasmes pour proposer des solutions qui concourent à la formation de la personnalité.

Le schéma narratif

le conte populaire, issu de ou adapté à une société donnée, contribue, par son schéma narratif, à renforcer la cohésion sociale. Le héros, au début, se trouve toujours défavorisé, en posi-tion marginale, malgré lui. Mais il finit le plus souvent, grâce à ses ver-tus, ses efforts, grâce à des moyens extérieurs pouvant relever du mer-veilleux, par réintégrer la société et rentrer dans ses droits. Dénouement absolument pas crédible en réalité et auquel ne croit pas le public, même naïf. L’intérêt est ailleurs. On sait bien qu’on ne transformera ni la société ni la loi ni le pouvoir.

Mieux supporter le monde tel qu’il est :

la solution utopique proposée par les contes agit comme une sou-pape de sécurité ; elle fait rêver, sans trop d’illusions, à des lendemains qui chantent d’où le mal serait banni ; et elle permet peut-être de rentrer dans le rang et de mieux supporter le monde tel qu’il est. Le conte expose les contradictions et les conflits aux-quels tout le monde est confronté ; il peut critiquer les injustices, les abus d’autorité, mais, en général, il ne remet pas fondamentalement en cause les normes sociales en vigueur. Il reflète la société telle qu’elle est avec ses drames, ses injustices, telle qu’elle se souhaite avec des héros idéalisés et le triomphe de la vertu, telle qu’elle se redoute avec les puissances du mal. Si chaque société imprime sa marque dans la variante qu’elle produit, on peut trouver, dans la structure des contes les plus répandus, des conduites universelles.

Les ingrédients du conte :

Formules initiales et finales rituelles situant bien le récit dans la fiction la plus irréelle qui soit, renforcée par l’imprécision du lieu, de l’époque, de la durée.
Récit atemporel. Le temps y obéit à ses propres règles : il se fige (une princesse dort pendant cent ans), s’accélère (un palais se construit en une seule nuit).
Personnages indéterminés. Ils n’ont pas de prénom (sauf rares exceptions comme Aurore et jour, les enfants de la Belle au bois dormant), encore moins de nom de famille. Ils sont plutôt désignés par des surnoms qui les caractérisent une fois pour toutes :
Peau-d’Ane, la Barbe bleue, le Petit Chaperon rouge, Blanche- Neige. Mais, la plupart du temps, il s’agit d’une jeune fille, d’un petit tailleur, du fils du roi, etc. Le portrait est réduit à un ou deux éléments significatifs. Tout cela laisse à chacun la liberté d’imaginer et de s’identifier à son héros.
Situation difficile : famine, stérilité, abandon, etc.
Trois séries d’épreuves à subir : qualifiantes, principale, gratifiante. Certains les passent toutes avec succès. Le Petit Chaperon rouge de Perrault ne réussit que la première mais c’est une exception.
Épisodes à répétition. Souvent au nombre de trois (par trois fois, la reine essaie de tuer Blanche-Neige ; par trois fois, Peau-d’Ane se fait confectionner une robe), ces épisodes sont une manière d’accrocher l’auditoire, de faire rebondir le suspense ; ils acquièrent une valeur incantatoire, surtout quand ils se doublent de la répétition d’une formule comme « Sept d’un coup » dans Le Vaillant Petit Tailleur, « Tire la chevillette et la bobinette cherra » dans Le Petit Chaperon rouge.
Intervention du merveilleux.
Formules magiques : « Sésame, ouvre-toi » ;
objets magiques : bottes de sept lieues, lampe, anneau ;
personnages magiques : fées, sorcières, ogres, géants ;
lieux magiques : fontaines, châteaux.